Un remarquable document sur la langue et la civilisation de l'époque

      Le moyen occitan cantalien est un recueil de 68 actes notariés dont 66 des 14ème, 15ème et 16ème siècles, en langue occitane d'époque et en orthographe originale. Tous ont été rédigés par des notaires cantaliens. Notes, commentaires, tables et lexique sont en français.

      Le titre réfère à une certaine époque de la langue. En philologie et littératures françaises, on distingue l'ancien français (12e, 13e), le moyen français (14e et 15e). C'est le même schéma ici : ce sont des textes du 14ème et 15ème siècle auxquels on adjoint ceux du 16ème puisque cet occitan écrit administratif et juridique est arrêté par l'Edit de Villers Cotterets en 1539. A la différence du français l'occitan n'a pas connu de renaissance ni d'envol à cette époque, son usage écrit se limite. D'où le rattachement du 16ème au groupe antérieur.

 

      1 Cette réunion de textes, constitue un remarquable document sur la langue de l'époque, d'autant plus précieux que cette époque a été moins étudiée ou moins communiquée. Les spécialistes se sont portés d'emblée sur la langue la plus ancienne et la plus glorieuse des troubadours ou des chartes mais moins souvent sur la langue de la deuxième moitié du moyen âge.

      La forme de langue de ces textes est un peu plus récente (pratiquement sans déclinaison) mais elle est tout de même intéressante : vieille conjugaison, lexique. On découvre que des mots qu'on croit aujourd'hui plus méridionaux étaient en usage chez nous.

      En outre comme il s'agit de documents écrits, le livre nous ramène à la véritable tradition écrite de la langue d'oc, différente de l'écriture patoise qui est progressivement passée dans l'usage après le fameux édit aux 17ème, 18ème siècles...

Bien sûr il y a qq variabilité d'un notaire à l'autre mais les grands principes sont constants : les a à la finale, les o qui notent le son ou , les terminaisons étymologiques fonctionnelles : forn (qui donne le fornier), naturellement les lh et les nh… Cette tradition écrite est importante pour tous ceux qui sont attachés à la langue occitane (d'abord parce qu'elle assure la dignité de la langue et aussi parce qu'elle aide la perception de l'ensemble)

 

      2 Ces actes sont un remarquable document de civilisation sur les manières de vivre, les problèmes pratiques de l'époque. Les actes sont relatifs à des questions variées : problèmes domestiques, de voisinage, querelles, bagarres, divers contrats, affermages, règlements lors d'épidémies, testaments, héritages et dots… etc.

      De surcroît, tout est local, ce qui produit un effet particulier, Jean Vezole a retenu des actes qui couvrent tout le département, Saint-Flour, Murat, Mauriac pas seulement la région d'Aurillac.

      On éprouve un certain plaisir à voyager dans le temps au pays dans nos villages avec ces vieilles monnaies, ces vieilles mesures, une vie religieuse forte. Les livres tournois y sont des liuras tornesas !

      En même temps on ressent une certaine permanence, presque une proximité avec ces disputes, ces problèmes concrets d'abreuvoir, de droits de passage… Il m'est arrivé, depuis que je connais le livre, de me rendre dans tel écart, Coffinhal, Colinette et de me représenter la relativité des changements…

 

      3 Le moyen occitan cantalien est une reconnaissance du travail d'archives de Jean Vezole. Ce livre savant pourra sembler inhabituel au grand public qui connaît surtout le diseur fin, le conteur malicieux, le sage souriant, l'animateur de radio, de spectacles et veillées...

      Mais cet ouvrage rétablit la complète vérité de Jean Vezole : il est bien certes l'auteur spirituel, l'homme agréable, le marcheur alerte mais il est aussi le chercheur d'archives passionné dont les trouvailles méritaient d'être communiquées et de circuler dans les moteurs de recherches demain.

Camina viste mès sap folhargar tanben dins les vièlhs papafars.

La page de couverture avec la photo prise par Jean-Pierre Estabel devant les archives nous signifie que sans cet homme, sans Jean, nous serions restés dans l'ignorance de ces pièces.

  Cette couverture nous dit aussi que dans ce livre la relation au savoir est bienveillante, en couleurs. Edgar Morin établissait récemment une distinction entre une science froide et une science humaine qui a sa préférence. Du fait que l'auteur parle simplement dans les commentaires, du fait que sa parole est chaleureuse, la relation au savoir se fait agréablement, ces documents deviennent sympathiques. Jean Vezole n'est pas un savant qui se penche sur une matière morte.

Comme il n'y a pas de traduction suivie en général, le lecteur est amené à découvrir qu'il comprend tout seul, d'autant plus qu'il a sa disposition diverses indications et des outils, lexique, table. Il ne faut sans doute pas espérer lire l'ensemble d'une seule traite mais on est surpris de la rapidité des progrès et on en est reconnaissant à l'auteur.

On accède alors à une moelle substantifique, des maladresses de curés, un testament quasiment littéraire, des curiosités. I se cal apencar al començament mais ce livre est de bonne vulgarisation et de bon occitanisme.

Dans ce livre différent des précédents, Jean VezoleV sait toujours être attrayant et donner une image agréable de la culture d'oc.

Le moyen occitan cantalien, 200 pages, 22 euros (+ 3 euros de port)

Préface de Noël Lafon. Photos de Jean-Pierre Estabel.

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Le moyen occitan cantalien (Jean Vezole)